Articles de Sonologie
Le diapason 528 Hz est-il un mythe ?
Une analyse des fréquences dites « Solfeggio » — entre invention moderne et fausse attribution biblique.
Résumé
Un autre dossier à éclaircir
Par Emmanuel Comte — Centre MedSon, Québec
Le diapason 528 Hz est un autre dossier qui mérite quelques éclaircissements. Cet article est un complément de celui écrit au sujet du diapason 432 Hz.
Le but de cette démarche est de rendre plus consciente l’utilisation des sons et des fréquences, et de participer à leur bonne intégration — voici donc quelques éclaircissements par rapport à un autre diapason à la mode : le 528 Hz et les diapasons dits « Solfeggio ».
« Il offrit : un plat d’argent du poids de cent trente sicles… »
— Nombres, 7
Origine du mythe
De quoi s’agit-il ?
Fig. 1 — L’ensemble des diapasons Solfeggio, gardés en archive au Centre MedSon.
J’ai appris l’existence de ces diapasons il y a quelques années par mes stagiaires, et j’ai dû m’y intéresser. Ce que j’ai découvert après quelques recherches est un discours qui me semble farfelu, ressemblant à s’y méprendre à celui cherchant à justifier l’emploi du 432 Hz.
Certains auteurs, abondamment repris sur le web, évoquent l’emploi de fréquences d’un soi-disant solfège ancien, qui n’existe que dans leur imaginaire. Aucune étude musicologique sérieuse ne peut étayer les théories que nous allons exposer ici brièvement.
Étymologie
Le mot « solfège »
Le mot solfège, dans son sens moderne, représente une matière de l’enseignement musical qui a éloigné de nombreuses personnes du sens originel de la musique. Dans les Conservatoires français et canadiens, l’enfant doit d’abord suivre des cours obligatoires de solfège durant au moins une année, sans pouvoir toucher le moindre instrument — l’expression est devenue synonyme de cours rébarbatifs ayant dégoûté pour la vie de nombreux enfants.
Le nom Solfeggio, donné à des diapasons soi-disant thérapeutiques, est donc à prendre avec des pincettes. Étymologiquement, il vient du nom des notes Sol et Fa, d’où a été tiré le verbe solfier — une manière de chanter en nommant le nom des notes, qui a précédé la solmisation, méthode plus récente d’apprentissage du chant.
Un référentiel très récent
Aucune référence fixe avant 1859
Comme expliqué dans notre chronique sur le La à 432 Hz, il n’existe aucun référentiel fixe dans l’attribution des notes avant une époque très récente — et donc, a fortiori, en aucune manière au Moyen Âge. La référence fixe pour le La date de 1859 (435 Hz), et le diapason actuel (norme ISO 440 Hz) de 1953 — soit à peine un demi-siècle.
La langue latine chantée est certes vibratoire, mais nous exprimons de sérieuses réserves quant au contenu sémantique des chants grégoriens, dont les paroles issues du catholicisme n’ont parfois qu’un lointain rapport avec le message originel du Christ — le véritable chant grégorien n’étant pas nécessairement celui transmis par l’Église, qui en a extirpé beaucoup de composants originaux.
Le Livre des Nombres
La référence biblique invoquée
Les créateurs du mythe de la fréquence 528 Hz affirment que des versets bibliques du Livre des Nombres (7, 12-83) reproduiraient des « fréquences pythagoriciennes » — 174, 285, 396, 417, 528, 639, 741 et 852 Hz — qui, qui plus est, « répareraient l’ADN ». Aucune preuve scientifique ni étude clinique ne vient appuyer de telles affirmations.
Le passage en question n’est en réalité qu’une longue énumération de mesures et d’offrandes rituelles — une sorte de « liste d’épicerie » consignant les sacrifices des princes des douze tribus d’Israël, jour après jour, chacune identique : un plat d’argent de 130 sicles, un bassin d’argent de 70 sicles, une coupe d’or de 10 sicles, des animaux pour l’holocauste et le sacrifice d’expiation.
Fig. 2a — Sacrifice antique.
Fig. 2b — Décoration d’un ancien vase grec.
Réduire un texte en nombres n’est pas une méthode pythagoricienne — cela s’appelle de la numérologie. En prenant n’importe quel texte au hasard, un annuaire téléphonique par exemple, il serait possible d’en tirer des nombres et de construire un système de fréquences tout aussi farfelu que celui décrit ici.
Notes pas disparues du tout
Les fréquences Solfeggio, une invention de 1999
Ces auteurs affirment que ces codes ont révélé une série de six fréquences électromagnétiques, correspondant à six notes « disparues » d’une ancienne échelle appelée fréquences solfeggio — une expression inventée par Leonard Horowitz et Joseph Puleo en 1999. Il s’agit d’une croyance selon laquelle six fréquences issues de la numérologie auraient été utilisées depuis des siècles dans les chants grégoriens et sanskrits (on se demande bien ce que le sanskrit vient faire là).
Cela est curieux, car il n’existait aucune fréquence de référence dans l’Antiquité ni au Moyen Âge — tout au plus des tons graves, médium et aigus, basés sur la vocalité humaine. Ces fréquences ne peuvent donc pas avoir été « perdues », puisqu’elles n’existaient pas au sens où nous l’entendrions aujourd’hui.
Guy d’Arezzo
L’hymne à Saint-Jean-Baptiste
Fig. 3 — Guy d’Arezzo, l’« inventeur » des notes, selon la tradition catholique reprise par Joseph Puleo et Len Horowitz.
Fig. 4 — Les premières syllabes de chaque phrase de l’hymne ont donné les notes de la gamme initiée par Guy d’Arezzo.
Ces auteurs font tout un plat du fameux hymne à Saint-Jean-Baptiste, Ut Queant Laxis, qu’ils présentent comme un chant mystérieux et caché — alors qu’il est au contraire très connu et n’a rien de mystérieux. Il suffit d’ouvrir n’importe quelle encyclopédie à l’article « Notes musicales » pour s’en convaincre.
Selon le musicologue réputé Jacques Chailley, les anciens Grecs ne diapasonnaient pas les hauteurs, et la normalisation officielle des notes en Europe date seulement de 1859 — ces fréquences ne peuvent donc se baser sur aucune donnée musicologique sérieuse.
Analyse des ratios
Incohérences musicologiques
Aucune hauteur spécifique n’était fixée au Moyen Âge ou avant, sauf en Chine dans des conditions très restreintes. Les intervalles donnés dans ce système sont faux et ne suivent pas la logique pythagoricienne à laquelle ces auteurs osent pourtant se référer.
Si 528 Hz est un Mi, les autres fréquences indiquées ne répondent à aucun ratio pythagoricien ou zarlinien. Si 528 Hz est un Do (plus logique vu la hauteur), on obtient alors un La à 440 Hz dans le système zarlinien — la fréquence même que ces auteurs prétendent combattre, l’accusant de désaccorder l’esprit et d’être le fruit d’une conspiration des Illuminati.
Conclusion
Limiter la vibration d’amour à une seule note serait très réductionniste.
Les auteurs affirment que 528 Hz serait bien connue des biologistes et efficace pour réparer l’ADN — nous n’avons vu cela publié nulle part. D’autres écrivent que ce serait « la fréquence de l’amour » ; or, la fréquence d’amour et toutes ses harmoniques dépassent largement l’émission d’une seule note. Ces théories nous semblent de pures inventions, mais il nous paraissait important de les dénoncer — nous avons besoin de lumière pour mieux comprendre et intégrer les sons et les fréquences.
Exemples du chant intuitif
Chanter à son propre diapason
Fig. 5a — Flash Mob Le Thoronet, Chœur Harmonique, juin 2014
Fig. 5b — Laisse l’Univers t’aimer, Valsaintes, mai 2016
Références — Jacques Chailley, Le diapason ancien, in Musica n°17, août 1955, p. 38. La Bible, Nombres, 7, 12-83.
Notes complémentaires — Les ratios de la gamme de Pythagore sont : 1 – 9/8 – 81/64 – 4/3 – 3/2 – 27/16 – 243/128 – 2. Gioseffo Zarlino (1517-1590), compositeur italien, a cherché à améliorer la gamme de Pythagore, dont les tierces sont fausses — sa gamme naturelle (intonation juste) répond aux ratios : 1 – 9/8 – 5/4 – 4/3 – 3/2 – 5/3 – 15/8 – 2.
En complément — Le mythe du diapason 432 Hz
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