Recherche clinique
Sonologie et Cardiologie
Influence de la musique sur le niveau de relaxation de patients atteints d’insuffisance coronarienne — Revue Francophone de Clinique Comportementale et Cognitive, 2004.
Résumé
Étude clinique
Cette étude visait à évaluer l’effet de l’écoute d’une musique relaxante au choix sur le niveau de relaxation perçu par 196 patients atteints de maladie coronarienne, à l’Institut de Cardiologie de Montréal — 138 provenant de l’hôpital de jour (en attente de cathétérisme cardiaque) et 58 de la salle des urgences.
Les patients ont été répartis aléatoirement entre un groupe témoin et un groupe pouvant choisir une musique relaxante parmi 11 sélections, incluant les pièces « Occidentale Sagesse » et « Musique du Ciel » d’Emmanuel Comte, jouées à la flûte à bec.
Chez les patients de l’hôpital de jour, l’écoute musicale a produit une amélioration notable de la relaxation perçue (baisse de l’anxiété, hausse du sentiment de contrôle et de la relaxation). Chez les patients de la salle des urgences, seul le niveau de frustration a diminué de façon significative.
Sylvie Robichaud-Ekstrand, PhD — Professeure agrégée, Université de Montréal, chercheuse à l’Institut de Cardiologie de Montréal. Publié dans la Revue Francophone de Clinique Comportementale et Cognitive, juin 2004, vol. IX, n° 2, p. 20-28. Étude réalisée en collaboration avec l’équipe de l’Institut de Cardiologie de Montréal, dont Emmanuel Comte (sonologue, musicien, chercheur).
Contexte
Pourquoi étudier la musique en cardiologie ?
Les patients en observation aux urgences ressentent rapidement un manque d’espace, d’intimité et de confort, ainsi qu’une irritation liée aux bruits multiples de l’environnement hospitalier. L’incertitude face au diagnostic ou au pronostic accentue la détresse psychologique, particulièrement chez les personnes atteintes d’affections cardiaques.
Plusieurs auteurs suggèrent que l’écoute d’une musique appropriée peut réduire le stress, l’anxiété, la douleur et le sentiment de solitude, en brisant la monotonie de l’hospitalisation et en masquant les bruits agressifs de l’environnement (voix, sonneries, moniteurs, pompes à infusion). L’hypothèse retenue est que la musique agirait en stimulant le système limbique, favorisant la production d’endorphines aux effets analgésiques.
Les études antérieures sur la musicothérapie en cardiologie donnaient des résultats partagés : certaines montraient une baisse de l’anxiété et des rythmes cardiaque et respiratoire après l’écoute musicale, d’autres ne trouvaient aucun effet significatif. Cette étude visait à clarifier la question sur un échantillon plus large que les recherches précédentes.
Méthodologie
Un essai contrôlé randomisé sur 196 patients
Un plan de recherche expérimental avant-après a été utilisé, s’appuyant sur le modèle conceptuel de Neuman — qui explique comment une intervention infirmière peut renforcer les lignes de défense d’une personne face aux agents de stress physiques, psychologiques et environnementaux.
Échantillon
196 patients âgés de 21 à 85 ans (moyenne 61 ans), 68% d’hommes — 138 à l’hôpital de jour, 58 à la salle des urgences, répartis aléatoirement entre groupe musique et groupe témoin.
Musique au choix
11 montages proposés au choix — classique, thèmes de films, guitare, sons de la nature, ballades country, et musique thérapeutique à la flûte à bec d’Emmanuel Comte (« Occidentale Sagesse », « Musique du Ciel »).
Mesures
Mesures objectives (fréquence cardiaque, tension artérielle, ECG Holter, consommation de médicaments) et mesures subjectives de relaxation perçue (anxiété, frustration, confort, irritation aux bruits, inquiétude, douleur rétrosternale), évaluées avant et après l’écoute sur une échelle de 0 à 10 — instrument à la fiabilité confirmée (alpha de Cronbach de 0,71).
Résultats
Effets observés selon le département
Hôpital de jour
Le niveau global de relaxation perçue a augmenté de façon significative après l’écoute musicale (p = 0,01), avec une diminution de l’anxiété et une hausse du sentiment de contrôle et de relaxation (p ≤ 0,003). Aucune différence significative n’a été observée sur le confort, la douleur, l’irritation aux bruits ou les mesures physiologiques (fréquence cardiaque, tension artérielle, ECG).
Salle des urgences
Les mesures de relaxation sont demeurées globalement similaires entre les deux groupes, à l’exception du niveau de frustration, qui a diminué de façon significative après l’écoute musicale (p = 0,005) — passant en moyenne de 2,8 à 1,5 sur l’échelle de 0 à 10.
L’échantillon de cette étude (n = 196) est supérieur à celui des recherches antérieures recensées sur la musicothérapie en cardiologie (généralement entre 20 et 97 sujets), renforçant sa validité externe.
Discussion
Conclusion de l’étude
L’écoute d’une musique relaxante choisie par le patient est une intervention peu coûteuse qui augmente la relaxation perçue des personnes en attente de cathétérisme cardiaque à l’hôpital de jour. Ce bénéfice n’a pas été confirmé chez les patients en observation aux urgences — probablement en raison de différences dans le profil des patients (angine plus stable et mieux contrôlée à l’hôpital de jour) et dans l’environnement de soins (davantage de distractions et d’imprévus aux urgences).
Les indicateurs physiologiques (fréquence cardiaque, tension artérielle, arythmies) ne se sont pas révélés sensibles à l’intervention musicale dans cette population — un résultat cohérent avec plusieurs études antérieures, possiblement en raison de la médication cardiaque déjà stabilisant ces paramètres chez les deux groupes.
Les auteurs suggèrent que l’amélioration progressive du niveau de frustration aux urgences pourrait être liée à la familiarisation graduelle du patient avec son environnement et à une meilleure compréhension de sa situation médicale au fil du séjour.
— Sylvie Robichaud-Ekstrand, Institut de Cardiologie de Montréal, 2004
Remerciements
Étude réalisée en collaboration avec l’équipe de l’Institut de Cardiologie de Montréal : Céline Castonguay, Emmanuel Comte, Huguette Choisnet, Dr Pierre DeGuise, Yannick Giroux, François Harel, Micheline Langlois, Danielle Perrault, Maryse Proulx, Carole Sanscartier, Dr Mario Talajic, Marika Vermeesch et Christine Villemaire. Commanditaires : Sony Canada, Sony Musique.
Bibliographie
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